Histoire de spi

L’année dernière, amarrés au quai, dans l’attente de la sortie de l’eau de notre bateau, nous en profitons pour effectuer certains travaux sur le voilier. Entre deux coups de pinceau, nous apercevons notre ami Bill qui vient vers nous.

– Comment ça va ? Prêt pour l’hivernage ? lui demande Éric ?

– Ha, j’ai des problèmes avec mon antenne de télé. Il faudrait que je monte sur le mât pour la réparer, nous répond celui-ci.

Sans vouloir faire d’âgisme, je vois mal notre Bill grimper tout en haut du mât avec ses 84 ans bien sonnés. Mon chum a la même pensée :

– Écoute Bill, on attend patiemment qu’on vienne sortir notre bateau de l’eau. Ça me ferait bien plaisir de monter pour toi !

Bill ne se fait pas prier.

Éric tout en haut du mât de Bill

En guise de remerciement, Bill offre à Éric le tangon de son bateau (une sorte de grand bras télescopique qu’on installe sur le côté du mât pour déployer une immense voile : le spi). Éric rêve depuis longtemps d’utiliser ce type de voilure, mais il nous manquait l’indispensable tangon.

– Ben voyons Bill, je ne peux pas accepter ; cela vaut bien trop cher ! (Neuf, un tangon vaut autour de 1000 $.)

– Bof, je ne l’utilise jamais et ça m’embarrasse sur le bateau, ça me fait plaisir de savoir que vous allez l’utiliser ! lui répond Bill, généreux

Éric est fou de joie ! Il va enfin pouvoir déployer son spi remisé depuis si longtemps dans son sac à voile.

La voilure enfermée dans son sac bleu. Elle envie le spi au loin…

À quelques reprises, pendant la saison froide, je le surprends à parfaire ses apprentissages des manœuvres sous spi en écoutant des vidéos de formations.

L’été arrive enfin! Mon valeureux capitaine rêve déjà, dès nos premières sorties, de déployer cette voile. Mais, puisque c’est une première fois, nous pensons qu’il vaut mieux être trois pour exécuter toutes ces fines manœuvres. On convient de mettre à profit la compagnie de notre fils, qui se joindra à nous dans deux semaines.

L’attente est si longue… Pour patienter, mon chum couche sur papier toutes les étapes à suivre.

Depuis plusieurs jours, notre bel alizé se fait désirer. Il se cache dans les recoins des montagnes. Faible, il peine à se rendre jusqu’à nous. Mon capitaine s’ennuie…

L’espoir dans la voix, il me propose : « Est-ce qu’on sort le spi ? »

Triste de le voir ainsi déçu du vent, je lui réponds : « Pourquoi pas ! Sors ton cahier de notes ! »

Le pire qui peut arriver, me dis-je, c’est que notre manœuvre échoue et que la voile pique du nez dans l’eau.

Mon chum est si beau à voir. Il vérifie les étapes à suivre. Il s’active, installe le tangon et les poulies. Puis il y glisse ses écoutes.

Mon capitaine au travail

– Le tangon est installé, la voile est prête à être lancée, place-toi plus à bâbord et garde ce cap ! me lance mon fier capitaine.

Le sac est dénoué. Peu à peu, la voilure se libère de son emprise. Je l’observe se déployer royalement, embrassant doucement puis fermement le vent. Le bateau se meut autrement : porté par cet élan, il glisse sur les flots, caressant l’eau sur son passage. J’admire cette grande et digne voile ballon prendre toute la place dans le ciel. Elle me rappelle vaguement les envoutantes envolées des cerfs-volants de mon enfance. Alors, que le vent nous tirait le corps tout entier nous invitant à le suivre.

À la barre, je continue à sentir le vent et me dirige là ou le spi est à son meilleur. Éric déplace le tangon pour que nous puissions exécuter un virement de bord.

C’est relax naviguer sous spi

– Allez, on vire ! me lance-t-il du pont avant.

J’amène le bateau de l’autre côté de l’horizon. La voilure tente de se déplacer. Un nœud dans les cordes l’en empêche. Éric dénoue cet amas et, lentement, le spi tel un tigre reprend son majestueux galbe.

Je cède la barre à mon chum pour qu’il puisse également sentir cette grande force sous sa main.

J’en profite pour m’étendre sur le pont, sous le regard de ce spi, roi du vent.

– Nous arrivons près de la baie, il faut rentrer le Spi ! me lance Éric.

Je reprends la barre et mon capitaine s’active aux cordages. La voilure entame sa descente. Il faut faire vite et l’affaler rapidement. L’insérer dans le sac avant qu’elle ne touche l’eau. Éric réussit sa mission avec brio !

Nous sommes gonflés de rire et fiers de notre accomplissement. Wow, quelle sensation que celle de voguer avec un spi. Il y a de ces premières qui sont parfaites parfois !!

Quelle a été la vôtre ?

Liane Simard

Il y a plusieurs années, j’ai écouté un reportage à la radio qui expliquait comment de nouvelles façons d’organiser le travail allaient se développer dans le futur. Grâce à Internet, les gens ne seraient plus forcés d’être cloués à leur bureau pour travailler. De nouveaux nomades parcourent le monde munis de leur ordinateur portable et de leur téléphone cellulaire, travaillant ainsi d’un peu partout dans le monde. Cette idée m’avait beaucoup séduite, mais le tourbillon de ma vie de coach d’acteurs sur les plateaux de télé et de maman battait alors son plein… Quelques années plus tard, j’ai commencé à m’intéresser aux maisons autonomes off the grid et au concept de l’autonomie alimentaire. Ayant toujours été travailleure autonome et, plus récemment, entrepreneure, cette idée d’autonomie quasi complète a trouvé écho en moi. J’ai eu envie d’avoir ma tiny house, nichée sur son petit coin de terre et d’y faire pousser des légumes. J’ai ensuite découvert la voile, sorte de petite maison autonome qui peut parcourir le monde. Ce blogue est le premier pas vers la concrétisation de ces idées et de ce mode de vie.

2 commentaires

  • Ma première expérience a été à l’opposée. C’était la 2 eme fois que je montais à bord de son 22 pieds un dimanche dès l’aube, j’étais là uniquement par amour pour mon capitaine et passablement endormie après une semaine de travail. Il me confie la barre et s’active à l’avant à amarrer le spi, fin prêt il me lance « mets la barre toute » . Je me demande bien de quel côté « mettre la barre toute ». Trop fatiguée pour réfléchir et même lui poser la question, je pousse la barre d’un côté. Et très rapidement j’ai su que ce n’était évidemment pas le bon côté. Mon bon capitaine, d’un naturel sobre et peu communicant, devient un hurlement qui me sort immédiatement de ma léthargie. Heureusement nous étions un très jeune couple et chacun compris l’autre. 15 ans plus tard nous naviguons 8 mois par an sur un voilier de voyage en aluminium conçu selon ses rêves et devinez? Lors du choix de la garde robe du voilier, le capitaine a opté pour un genaker plutôt qu’un spi. L’amour et l’humour sont de bons atouts à bord 😘 Retrouvez nos aventures sur Notre blog wordpress  » ericante.fr  »
    Bon vent à tous.

    • Merci Malingue de votre commentaire. J’Imagine bien la scène 🙂 Ouf ! Au moins, cela a bien fini. Au plaisir de vous lire.

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