Un pont levant, juste pour nous

C’est enfin la journée du grand départ à voile !

Il me reste peu de place pour me loger dans le petit bateau pneumatique chargé à bloc qui nous amène jusqu’à notre voilier, mais peu m’importe, j’ai trop hâte d’être à bord !

On prépare le bateau, on range les provisions et on effectue les derniers petits travaux avant de larguer les amarres. Joël, capitaine de l’Esprit voyageur, vient nous saluer : « Avec nos amis, on part dans 20 minutes, nous lance-t-il. Nous allons souper dans la petite baie de Nichols Point et dormir là… Ça vous tente de vous joindre à nous ? — Oui absolument ! » que nous répondons, enthousiastes.

C’est le départ ! Le lac Champlain s’ouvre à nous. On grée les voiles, le vent est au rendez-vous. Comme un vieil ami, il nous attendait. Ma respiration descend d’un cran, je me sens déjà mieux.

On passe une belle soirée sur le bateau de nos amis. Ils nous racontent leur projet de départ dans le sud. Ça me fait rêver… Moi aussi je rêve de partir à l’aventure… Je dors, tranquillement bercée par les vagues et par ces images du sud qui défilent doucement dans ma tête.

Le lendemain matin, on part à la découverte d’une partie du lac Champlain que nous n’avons jamais explorée. Elle se situe dans l’état du Vermont et, pour y accéder, on traverse un passage communément appelé The Gut. Il s’agit d’une traversée qui demande toute notre attention : il nous faut surveiller les hauts fonds et nous assurer d’éviter les amas d’algues qui flottent à la surface. Celles-ci pourraient se coincer dans l’hélice du moteur…

Je suis donc à l’avant du bateau et j’indique à mon capitaine adoré où bifurquer pour les éviter. On se dirige ainsi vers le pont-levis qui se soulève toutes les demi-heures. On doit ajuster notre vitesse de croisière pour arriver au bon moment, pour nous éviter de faire du surplace. Je vérifie si les voitures s’arrêtent, signe que le pont va bientôt s’ouvrir : pas encore… On se prépare donc à faire un tour sur nous-mêmes (ce qu’on appelle un tour de chat en langage nautique), car nous sommes trop près du bateau de nos amis. « Les voitures s’arrêtent ! » dis-je à Éric. Les deux parties du pont entament alors leur montée. Elles s’élèvent de chaque côté pour nous laisser passer. Bien impressionnés, on s’engage lentement dans le chas de l’aiguille. On salue au passage un pêcheur sur la rive. Les voitures attendent patiemment que l’on finisse notre traversée.

Direction Butler Island ! un petit paradis privé sans route, seulement accessible par bateau. On jette l’ancre près de la rive. La nuit s’annonce calme et sans vent…

Que me réserve encore le lac Champlain ? Seul le vent le dira…