Le transport à la voile sur le Saint-Laurent

À l’été 2017, les amateurs de voile pourraient apercevoir un vieux bâtiment de bonne envergure et bien chargé remonter le fleuve. Des cousins français pourraient en effet venir livrer du vin et repartir avec du sirop d’érable. Et tout cela à voile !

C’est un des projets de la compagnie française TOWT (Trans Oceanic Wind Transport).

Les fondateurs de cette compagnie sont jeunes et surtout pas tournés vers le passé. Les valeurs de leur entreprise : humilité, persévérance, réalisme et ambition représentent bien les défis qu’ils relèvent.

Le transport à voile est plus lent et ne permet que le transport de petits tonnages. Il restera donc toujours marginal. De là, l’humilité et le réalisme. La persévérance est certainement de rigueur pour convaincre de plus en plus de commerçants d’apposer le sigle de TOWT sur leur produit, garantissant qu’il a été transporté à la voile. Ambition puisque les fondateurs mènent une étude en vue de construire un cargo… à voiles. Et d’autre part, ils ont des projets d’ouvrir de nouvelles voies d’échange comme ce projet de venir au Québec.

Il faut savoir que les bâtiments que la compagnie utilise sont de grands voiliers comme on en voit peu ici. Le plus vieux de la flotte serait un bateau de type Zulu construit en 1906 et actuellement gréé en ketch aurique. Mais on y retrouve aussi un thonier à voile construit en 1949 et le tout dernier construit en 2010 sur les plans d’un lougre trois mâts.

Ces bâtiments naviguent grâce à des passionnés, qui peuvent du même coût retirer un revenu de leur navigation.

À ce jour, TOWT peut se vanter d’avoir à son actif : 48 000 miles parcourus qui ont permis de livrer 400 tonnes de cargos et d’économiser 185 tonnes de CO2. Dans l’immensité du transport par bateau c’est une goutte d’eau dans l’océan. Mais quand on pense que chaque bouteille de vin livré par cargo régulier (à moteur) laisse une empreinte écologique correspondante à une tasse de diesel. 750 ml de vin = 250 ml de diesel !… Ça donne le goût de boire plus propre.

Plus cher, plus lent, mais plus écologique, le transport de cargo à la voile a toujours résisté, en marge du transport maritime actuel. Fera-t-il un retour notable ? J’aime à penser que oui. Mais comment peut-il rivaliser avec les compagnies de transport qui battent pavillon panaméen pour ne pas payer de taxes, qui profitent des hydrocarbures subventionnés à même nos impôts et qui engagent des équipages venant de pays en développement pour pouvoir les sous-payer ?

La réponse est peut-être : le transport à la voile ne peut rivaliser avec le transport régulier. Il faut donc qu’il fasse autrement. Et c’est ce que fait une autre compagnie inspirante : FairTransport, localisée en Hollande et fondée par trois amis. Voici leur formule : étant plus lent, le temps passé en mer a un coût. Bien qu’il n’y ait pas de carburant à payer, il faut nourrir et payer l’équipage. Fair Transport a trouvé la formule gagnante : l’équipage est réduite au minimum et les matelots apprentis paient leur séjour environ 85€ par jour prévu en mer soit, par exemple, 4650 € pour un voyage de la République Dominicaine jusqu’à Amsterdam (durée prévue : 64 jours). Comptez 10 apprentis à ce prix et vous avez 46 500 € pour nourrir les 10 apprentis et payer et nourrir les 6 membres d’équipage. Il semble que la formule fonctionne puisque leur calendrier affiche complet pour la plupart des voyages… Et que transportent-t-ils ? Des produits fins comme du vin, du rhum, du chocolat.

Quand je lis ces histoires de renaissance de transport à la voile, je ne peux m’empêcher de me demander si cela serait possible de faire de même sur notre fleuve et pourquoi pas dans les Maritimes ? Bien sûr, nous avons beaucoup moins de voiliers de grande envergure qu’en Europe. Ni les chantiers pour les restaurer ou les entretenir. Mais à petite échelle ? Peut-on faire du micro-transport ?

La question fondamentale tient à la question financière : Y a-t-il un marché pour des produits qui ont la valeur ajoutée : transporté à voile ? Les québécois ne sont-ils pas ceux qui veulent à tout prix payer le moins cher possible ?

Et si un produit se distingue avec cette appellation, il aura pris plusieurs jours pour voyager, par exemple de Québec à Chicoutimi… Pour économiser le carburant nécessaire pour un trajet de 2 heures ?… Cela en vaut-il la peine, au-delà de l’image romantique ?

Alors, y aurait-il plus d’intérêt pour le transport sur la Côte-Nord, là où il n’y a pas de route ? Il existe bien une route maritime desservie actuellement 1 ou 2 fois par semaine qui achemine les vivres, matériaux et autres à fort prix.

Nous avons certainement les capacités technologiques pour établir une plateforme de mise en commun des besoins de populations éloignées et des possibilités de transport de plaisanciers ?

Cela me rappelle une initiative suédoise de bibliothèque sur bateau (un ferry à moteur dans ce cas-ci) qui va d’île en île et permet aux insulaires d’avoir accès aux livres de la bibliothèque nationale. Elle fait le tour des îles pendant la saison chaude et prête les livres pour un an, soit jusqu’au prochain voyage.

Cela serait-il possible à faire sur la Côte-Nord ? Bien sûr, en Suède, cette bonne idée est supportée par le gouvernement. Ce qui ne risque pas d’arriver ici…

De mon côté, je continue de réfléchir. Et vous, quelle serait votre solution pour démarrer le transport à la voile au Québec ?