Un voilier pour mes 50 ans ?

New-York. Des quais près de Battery Park. Mon fils, ma blonde et moi nous reposons d’avoir tant marché la grande pomme en regardant les bateaux amarrées. Remarquant mon grand intérêt pour les voiliers, Liane finit par me dire : « Pour tes 50 ans, je vais t’acheter un voilier. » Waw ! Je prends notre fils à témoin. Elle a vraiment dit cela !

Quelques mois plus tard, je reçois de sa part, comme cadeau de fête, un cours de navigation de cinq jours avec Louis Charbonneau. Première étape vers la réalisation de ce projet.

L’été venu, le cours se passe à merveille, ayant du beau temps, mais aussi du bon vent. De quoi faire nos classes, avec ce capitaine légendaire sur le Lac Champlain. Des trois matelots à bord, deux aimeraient posséder leur voilier et j’en fais partie. Notre capitaine nous prépare donc aussi à cette étape décisive : La première meilleure journée d’un marin *.

De retour à quai, un autre capitaine m’attend pour me faire visiter son bateau. Encore enivré par ces journées sur l’eau, je ne sais quoi penser. Mais l’honnêteté du vendeur est manifeste et je retiens son conseil qui vient faire écho à celui de Louis : « Si tu veux avoir un bateau il faut que tu sois ou bien riche (et tu fais faire tout l’entretien et les réparations par des professionnels) ou bien très débrouillard (et alors tu fais toi-même tout ce que tu peux). » Nous ne pouvons faire un essai ce jour-là, car le soleil se couche et le vent dort déjà depuis longtemps. Mais le bateau me plaît…

C’est plusieurs semaines plus tard, alors que le bateau se prépare à hiverner que le propriétaire m’invite généreusement à faire un essai. Malheureusement, c’est une journée de calme plat sur le Richelieu. Nous réussirons à sortir les voiles quelques minutes alors que des bourrasques nous font espérer l’arrivée du vent… Mais en vain.

Après cette visite, Liane est conquise, je suis enthousiaste. Espérant un héritage dans l’année, je mets carte sur table avec le propriétaire. Il est prêt à m’attendre. C’est en janvier seulement que je peux enfin lui donner ma réponse. J’ai eu un petit héritage. Et après plus de deux jours de dilemmes intérieurs, je dis oui ! J’achète un C&C 32, 1975.

Le printemps venu, je peux constater encore une fois la générosité du vendeur qui vient préparer le bateau avec moi et me donner tous les détails et conseils qu’il peut sur son navire dont il se sépare après presque 10 ans.

Je sais faire de la plomberie, de l’électricité, de la menuiserie. Mais je me rends vite compte que sur un bateau tout cela se fait différemment. En parlant avec les autres propriétaires de la marina, je constate que les C&C ont effectivement bonne réputation et que mon voilier est très bien équipé. Mais surtout que l’ancien propriétaire, manuel et pragmatique a su l’entretenir sans compromis.

Et je réalise, durant ce premier été, qu’il y aura beaucoup de première fois. À plusieurs reprises, je me retrouverai hors de la zone de confort, en plein inconnu. Et je me rappellerai Confucius qui disait quelque chose comme : L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru…

Après maintenant trois ans de voile sur le Lac Champlain, ce sentiment ne disparait toujours pas car il y a toujours de nouveaux défis à relever. Heureusement, je ne suis plus seul pour tout assumer. Mon amoureuse est maintenant copropriétaire du voilier et c’est ensemble que nous découvrons tout cela.

Maintenant, j’aurai 50 ans dans trois ans. Est-ce que j’aurai toujours droit à un voilier (un autre ?), Liane tiendra-t-elle sa promesse ?

(*) On dit qu’il y a deux excellentes journées dans la vie d’un marin : la journée où il achète son bateau… et la journée où il le vend !…