Une pause d’interdit en Islande

Avant de partir en Islande, quand j’ai laissé mon ordinateur et mon téléphone cellulaire à mon assistante, je me suis mise à trembler. Je me suis alors demandé si c’était parce que j’étais dépendante de mes appareils électroniques. J’ai réalisé que non. C’était plutôt le contraire. Mon tremblement était plus de l’ordre de la délivrance. Comme un : « Enfin, je peux lâcher prise. Je ne suis plus tenue d’être vigilante ». Pendant tout le séjour, je n’ai pas touché à un cellulaire ni même à un ordinateur. Je n’ai pas parlé au téléphone ni écouté la télé. Quelle paix! Mon monde s’est agrandi. Il est devenu réel. Il a quitté sa petite boîte virtuelle pour s’étendre dans le concret de l’immensité de l’Islande. Je me sens déprimée à l’idée de devoir bientôt réintégrer ma « cellule »…

Ici, en Islande, je réalise que je prends une pause d’interdits. Tout d’abord, en campagne, il n’y a pas de lumière rouge. On roule sans jamais s’arrêter, avec l’immensité devant nous. Au lieu des « arrêt stop », ce sont des « cédez », donc on ne s’arrête jamais totalement. Dans les villages, il y a des carrefours giratoires. Encore là, un sentiment de fluidité règne. À chaque endroit que l’on visite, il n’y a pas de stationnement à payer ni même de frais pour la visite des lieux. Une simple boîte est disposée à l’entrée et on y propose de laisser un don pour l’entretien des lieux. Lors de la visite du geyser, une simple corde encerclait celui-ci. Il n’y a pas de gardien de sécurité qui s’assure que personne ne se lance dans le jet d’eau chaude. Même chose pour les chutes. Si quelqu’un veut dépasser cette corde, rien de plus simple. La corde indique là où il faut s’arrêter. Pour le reste, cela appartient au touriste. Dans les montagnes de Landmannalaugar, il n’y a pas de limite de visiteurs admis pour faire une randonnée dans la montagne.

 

Cela m’amène à me questionner sur les Islandais. Je me dis qu’il doit y avoir une part d’eux dans tout ceci. Le sentiment de liberté doit être quelque chose d’important pour ceux-ci, eux qui ont congédié ces banquiers qui régissaient leur vie…

Nous arrivons à notre prochain arrêt : la chute de Seljalandsfoss. C’est encore une fois de toute beauté.

Nous avons la liberté de nous promener en dessous de celle-ci. À chaque fois, je m’étonne de ma façon de penser. Ma première réaction est de me dire que c’est interdit. Je ne crois pas que cela puisse être possible. Et puis je réalise que ce l’est et j’avance, tout de même incertaine. C’est tout de même triste de voir à quel point la standardisation a fait son œuvre sur moi, à quel point j’ai intégré une « police » de l’interdit. J’avais bien besoin de m’ouvrir à la liberté de l’Islande.

De votre côté, pensez-vous avoir intériorisé des interdits de ce genre dans votre vie ?

 

Liane Simard

Il y a plusieurs années, j’ai écouté un reportage à la radio qui expliquait comment de nouvelles façons d’organiser le travail allaient se développer dans le futur. Grâce à Internet, les gens ne seraient plus forcés d’être cloués à leur bureau pour travailler. De nouveaux nomades parcourent le monde munis de leur ordinateur portable et de leur téléphone cellulaire, travaillant ainsi d’un peu partout dans le monde. Cette idée m’avait beaucoup séduite, mais le tourbillon de ma vie de coach d’acteurs sur les plateaux de télé et de maman battait alors son plein… Quelques années plus tard, j’ai commencé à m’intéresser aux maisons autonomes off the grid et au concept de l’autonomie alimentaire. Ayant toujours été travailleure autonome et, plus récemment, entrepreneure, cette idée d’autonomie quasi complète a trouvé écho en moi. J’ai eu envie d’avoir ma tiny house, nichée sur son petit coin de terre et d’y faire pousser des légumes. J’ai ensuite découvert la voile, sorte de petite maison autonome qui peut parcourir le monde. Ce blogue est le premier pas vers la concrétisation de ces idées et de ce mode de vie.

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