Quand l’eau fume, ce n’est pas du brouillard

Au détour d’une route, ma sœur et moi apercevons une magnifique plage. On décide d’aller voir. Je cherche la pancarte d’interdiction de baignade. Il n’y a rien. Il n’y a qu’un espace clôturé où c’est inscrit : « Attention très chaud ». On voit des colonnes de fumée qui sortent du sable. Je remarque alors un homme qui, non loin, pellte du sable mouillé. Je me dirige vers lui et lui demande ce qu’il fait. «  Je cherche une grosse bulle d’eau dans le sable. Lorsque la bulle est grosse, cela m’indique que le courant chaud est bon. J’y enterre ce plat dans lequel il y a une sorte de gruau. Je vais le laisser là pendant 24 heures. Je passerai le chercher demain et il sera cuit. Ma mère faisait cela, ma grand-mère et sa mère avant aussi. C’est une tradition ancestrale», me dit-il tout en terminant d’enterrer son plat. Pour finir, il dépose une roche sur son monticule. Je réalise alors qu’il y en a d’autres autour. Chacun est venu enterrer son petit gruau. Cet homme saura reconnaître le sien à la forme de sa roche et personne ne le prendra… Pour une Montréalaise habitué aux «interdiction de faire ça », ce geste me touche par ce qu’il représente de libre. Sans structure, ni prix, ni organisation, ni loi, des Islandais viennent enterrer ici leurs céréales pour poursuivre une tradition et bien sûr pour profiter du goût particulier que donne cette cuisson.

Je touche à l’eau du lac. Elle est chaude. Je suis contente car il faut se souvenir qu’il fait 12 degrés en Islande l’été…  Je demande alors à l’homme si c’est autorisé de se baigner, si c’est gratuit. Il me regarde, étonné, comme si je lui demandais si je devais payer pour l’oxygène que je respire. Il pointe la plage et me dit : « At your own risk. » La plage est là, sans surveillance, et tu te baignes si tu en as envie. Quelle question! Je prends conscience de mon attitude conformiste.

On court donc chercher nos maillots, toutes excitées à l’idée de se baigner. On entre dans l’eau. Hum, je réalise que l’effet de chaleur disparaît rapidement lorsqu’on s’éloigne du bord. Je n’ai pas vraiment envie de me saucer dans l’eau froide, mais je n’ai pas envie de sortir non plus. Je marche le long de la plage. L’eau est fraîche. Je vois de la vapeur  au dessus de l’eau. Et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé que c’était du brouillard. J’ai donc mis mon pied dedans ! Ouch! C’est une horrible sensation, comme si on m’entrait des aiguilles dans le pied. Je me déplace en douleur. Je réalise que je viens de mettre le pied dans de l’eau bouillante. Pourquoi ai-je fait ça ? J’ai pourtant vu l’homme mettre son truc dans l’eau chaude, les affiches où il est écrit « Attention très chaud», les colonnes de fumée et la vapeur au-dessus de l’eau avant d’y mettre le pied. C’est comme si cela n’était pas possible pour mon cerveau que de l’eau puisse être chaude dans un lac. Comme si, parce que c’est quelque chose qui n’arriverait jamais dans mon pays, mon cerveau n’a pas été capable de bien traiter l’information : le fait que ce serait chaud.

Je réalise que mes habitudes et le fait de ne pas avoir, depuis longtemps, réellement fait de nouvelles choses ont fait en sorte que mon cerveau est resté dans ce qu’il connaît et qu’il n’a pas été capable de comprendre cette nouveauté. 

De votre côté, vous est-il déjà arrivé de ne pas être en mesure de traiter une information comme il se devrait à cause de croyances erronées ? 

2015-12-31-13-56-08-1
Liane Simard

Liane Simard

Il y a plusieurs années, j’ai écouté un reportage à la radio qui expliquait comment de nouvelles façons d’organiser le travail allaient se développer dans le futur. Grâce à Internet, les gens ne seraient plus forcés d’être cloués à leur bureau pour travailler. De nouveaux nomades parcourent le monde munis de leur ordinateur portable et de leur téléphone cellulaire, travaillant ainsi d’un peu partout dans le monde. Cette idée m’avait beaucoup séduite, mais le tourbillon de ma vie de coach d’acteurs sur les plateaux de télé et de maman battait alors son plein… Quelques années plus tard, j’ai commencé à m’intéresser aux maisons autonomes off the grid et au concept de l’autonomie alimentaire. Ayant toujours été travailleure autonome et, plus récemment, entrepreneure, cette idée d’autonomie quasi complète a trouvé écho en moi. J’ai eu envie d’avoir ma tiny house, nichée sur son petit coin de terre et d’y faire pousser des légumes. J’ai ensuite découvert la voile, sorte de petite maison autonome qui peut parcourir le monde. Ce blogue est le premier pas vers la concrétisation de ces idées et de ce mode de vie.

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