C’est ici que je veux lancer ses cendres

Juste avant de partir pour l’Islande, j’ai demandé à mon chum : « Est-ce que je peux apporter un peu des cendres de Richard en voyage? » Étonné, mais touché, il a accepté.

Elles sont là, dans ma pochette de voyage. Je les ai mises dans un petit sac de plastique et les ai un peu oubliées… On roule et on visite plein de lieux tous plus extraordinaires les uns que les autres. Arrivés à l’un de ces endroits, on se stationne pour aller voir la chute Gullfoss. Une immense chute plus grande et plus haute que les chutes Niagara. On apprend que cette chute est maintenant protégée par le gouvernement. Elle ne sera jamais exploitée à des fins commerciales. L’ancien propriétaire s’est souvent fait offrir de la vendre : « Je ne vends pas mon amie », a-t-il rétorqué.

Curieuses, ma sœur et moi nous avançons vers cette chute remplie d’histoire. Immédiatement je sens monter en moi une puissante énergie. Ce n’est pas quelque chose de spirituel ou de mythique. Non, une réel élan, un sentiment m’habite.  Je ressens une force capable de produire de l’électricité. Je sens cette énergie me traverser. La chute est sublime par ses imposantes hauteur et largeur. Le son qu’elle produit est impressionnant.   Ma sœur me dit : « C’est tellement beau que mes jambes en tremblent. » Effectivement, moi aussi, je me sens particulièrement fébrile. C’est comme si mon disque dur interne n’était pas capable d’emmagasiner une telle puissance et une telle force.

Je me mets alors à penser à Soleil Vert, un film de science-fiction des années 70 qui dépeignait un futur catastrophique. On ne pouvait plus apercevoir le soleil à cause du trop plein de pollution. On pouvait s’offrir une bouffée d’oxygène en payant quelques dollars dans une sorte de « cabine téléphonique » où se trouvaient des masques à oxygène. Juste avant de mourir, on vous montrait des images « d’antan »,  où le ciel était encore rempli de soleil et où une eau pure coulait abondamment dans les rivières.

Je me dis : « Qu’est-ce qu’on est en train de faire à notre planète ?  Est-ce que mon fils, ou mes petits-enfants, vont avoir la chance de voir la nature telle qu’elle l’est maintenant ? » Elle qui est si belle quand on la laisse tranquille.  C’est à ce moment que l’idée me vient : c’est ici que je veux lancer les cendres de Richard. Je demande à ma sœur si elle veut filmer ce moment pour le fixer à jamais dans le temps. Je m’installe sur le côté de la chute et je lance les cendres.  Le vent fait en sorte que celles-ci se dirigent dans le visage de ma sœur. Elle ne dit rien, ne voulant pas interrompre ce moment solennel. Je recommence. La même chose se produit. Je ne sais pas comment expliquer ce sentiment, mais j’entends rire mon beau-père. C’est exactement le genre de blague qu’il aurait aimé me faire. On change de côté et je lance les cendres qui, cette fois, se dirigent dans la chute. Richard, pour toujours dans la force et dans le mouvement, lui qui aimait tant bouger et accomplir des choses. Je pleure. Je serre ma sœur dans mes bras et je lui dis que je l’aime. 

De votre côté, vous est-il déjà arrivé d’être bouleversé par la nature ?

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La blague de mon beau-père

2015-12-31-13-56-08-1
Liane Simard