À cheval sous la lumière de minuit

21h30 : nous attendons notre transport pour nous rendre à notre randonnée équestre sous le soleil de minuit d’Islande. Je suis fébrile. J’ai hâte de faire la rencontre de ces chevaux. J’ai avec moi tout mon attirail d’écuyère : mes bottes, mes guêtres et mes pantalons d’équitation.  J’ai tout ce qu’il faut.

Nous sommes dans la camionnette avec les autres participants. Aussitôt sortis de Reykjavik, nous voilà rendus. La ville s’éteint rapidement pour laisser place à une nature qui, forte, prend alors toute la place. Après une journée complète passée à sillonner la ville, je suis heureuse de la retrouver. L’ocre et le vert sont à l’honneur. J’ai hâte de rencontrer mon cheval !

La propriétaire de l’écurie nous accueille avec une grande énergie. Elle prend le temps de nous expliquer comment monter à cheval puisque, pour la plupart, les participants n’ont jamais fait d’équitation. Elle nous explique par la suite que les chevaux islandais ne sont pas vaccinés et qu’aucune autre race de chevaux n’a été importée en Islande. La race des chevaux islandais est donc restée pure et intacte. Aucun croisement n’a été fait. Pour protéger les chevaux, nul équipement équestre venu d’un autre pays ou qui ait été en contact avec des chevaux étrangers n’est autorisé. On ne voudrait pas leur transmettre des maladies venues d’ailleurs. Adieu, mon équipement équestre !

Nous voilà attribués à un cheval (et non l’inverse). On nous laisse le temps de bien faire connaissance. Je découvre que la propriétaire du centre parle un français impeccable. « J’ai habité à Paris, j’étais tombée en amour avec la ville », me raconte t-elle.

22 h : Nous voilà à dos de cheval et il fait toujours clair. Ce n’est pas un soleil scintillant, mais une clarté de fin de journée.  C ‘est étrange de ne jamais voir la nuit, mais ça l’est encore plus d’être à dos de cheval à 22h en pleine lumière, sillonnant la route entre d’anciens volcans.  Je n’ai plus de repères. J’ai à nouveau huit ans et je suis en plein émerveillement.

« Assoyez-vous sur vos poches de pantalon, avancez les jambes un peu vers l’avant, raccourcissez vos rênes, on va bientôt prendre l’allure du tölt», nous indique notre guide. Je tölt ! Ce n’est ni le trot, ni le galop. En fait, ce n’est rien de ce que je connais. Je suis comme dans un divan à vagues sans secousse. C’est si doux. Pourquoi donc les autres chevaux ne tölt-ils pas ? J’adore. C’est si simple. On n’a pas besoin d’années de pratique pour trouver son équilibre et suivre le rythme du cheval avec son bassin. Non, je flotte, je glisse, je Tölt ! Seuls les chevaux islandais peuvent aller à cette allure. C’est dans leurs gènes. Cela ne peut s’enseigner.

Ça y est, je veux un cheval islandais.  Je pose des questions. Comment peut-on transporter ces chevaux? Est-ce possible ? « Oui, mais quand ils partent, ils ne reviennent jamais. Même ceux qui sortent du pays pour faire des compétitions à l’étranger  ne rentrent pas au pays. C’est un billet d’aller simple », me répond la propriétaire. Comment faire cela à un cheval ? Je me sentirais tellement coupable de l’extraire de ce paradis…

On prend des photos devant un rocher volcanique et  il faut déjà rentrer. Il est 1h du matin, il fait toujours clair et j’ai cette énergie incroyable  qui bouillonne en moi. Est-ce dû à la lumière et au fait que je ne voie jamais la nuit ? Est-ce à cause des chevaux et de tout ce que j’ai vu de magnifique? Je n’arrive pas à dormir. Mon lit Tölt…

De votre côté, avez-vous déjà ressenti une énergie telle que cela vous empêche de dormir ?

   

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Liane Simard