Le jardin de mon père

Derrière les bungalows de la banlieue de Montréal, on trouvait des potagers. Parfois quelques plants de tomates, un plant de rhubarbe, quelques framboisiers. C’était aussi l’époque des plates-bandes d’annuelles inutiles et toutes identiques.

Nous avions aussi un potager, ennuyant et entretenu sans passion. Alors que j’avais 14 ans, mon père a eu un accident. Il est tombé d’un toit et s’est fêlé 2 vertèbres lombaires. Ne pouvant supporter de tousser, il arrêta de fumer et retrouva le goût. La capacité d’apprécier ce qu’il mangeait d’abord, mais aussi il reprit goût à la vie. Il se mit à faire de la bicyclette, à faire du pain et à s’intéresser au jardinage.

Du petit potager anodin, la cour arrière devint un lieu d’expérimentation. Une serre fut construite à l’aide de vieilles fenêtres. C’est là qu’il fit ses expériences de culture hydroponique. Les différents composts et fumiers avaient tous leurs usages. Et la superficie du potager s’est accrue.

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J’étais adolescent à l’époque. Ce fut des années où mon père et moi parlions davantage. Il me tenait au courant de ses essais et de ses erreurs et me demandait un coup de main à l’occasion. Il avait bien lu sur le sujet mais il jardinait par tâtonnements. C’est le luxe réservé aux jardiniers qui n’attendent rien de leur récolte. Et c’est là qu’il trouvait son plaisir. Il essayait tel compagnonnage ou tel engrais (hé oui !) Toujours curieux et prêt à innover. Avec son pain aussi d’ailleurs. En commençant par la mouture de la farine, au mélange de différents grains, pour arriver à des pains parfois durs comme pierre, parfois qui se défaisaient en miettes, mais d’autres fois formidables.

J’ai maintenant l’âge qu’il avait à cette époque (et j’ai un fils adolescent !). Et je comprends de l’intérieur le plaisir de récolter, l’anticipation qui vient à l’achat de semences et tout au long des semis. Grâce à lui, je n’ai pas eu besoin d’avoir un accident ou de risquer la mort pour arriver à de saines habitudes de vie en général. De tout cela, je retiens qu’il pouvait inventer des recettes de pain délicieux ou cultiver des légumes remarquables. Mais qu’il continuait à chercher. Car le plaisir était pour lui dans le fait d’essayer. Et je retrouve un plaisir semblable à tenter de nouvelles méthodes de culture (mais sans engrais !).

Cette année, mes expériences principales seront le Hugelkultur et la culture de champignons sur billots, à l’extérieur. Mais d’abord, c’est la saison des achats de semences…

Votre goût du jardinage vient-il de vos parents ?

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Éric Chabot