Je me cherche un capitaine

Il y a quelque temps, mon chum m’a dit que, si un jour il avait assez d’argent, il aimerait suivre une formation pour pouvoir faire de la voile. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde…

Plusieurs mois plus tard, je lui ai offert, pour son anniversaire, cinq jours sur un voilier école. À la fin du séjour, il serait en mesure d’obtenir ses cartes de capitaine. Heureux, mais stressé, mon valeureux chum est parti pour le lac Champlain.

Entre temps, mon amie France, qui a elle-même un bateau, s’est mise à me parler d’un de ses copains de voile qui vendait son embarcation : «C’est vraiment tout un deal ! Ce bateau-là est complètement équipé. Il y a tellement d’instruments dessus qu’on pourrait l’acheter, prendre l’équipement et le revendre au même prix ! » Chaque jour, au travail, elle me parlait de ce bateau…

Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais des fois, je joue à un jeu. Je fais semblant d’acheter une maison. Par exemple, il y a 20 ans, mon chum et moi, on faisait semblant de magasiner une maison de campagne. Sans le sou, on aimait se promener avec les fiches techniques des maisons à vendre en faisant semblant qu’on pouvait les acheter…

Vous me voyez venir, hein ? J’ai téléphoné au vendeur du bateau et je lui ai demandé de venir me rejoindre au lac Champlain, car c’est là que je devais aller chercher mon chum qui finissait sa formation de capitaine. Des étoiles encore dans les yeux, il était dans l’état idéal pour jouer au jeu « je fais semblant d’acheter un bateau ». Mon chum ne s’est pas étonné, il me connaît. Il s’est prêté au jeu avec le sourire.

Effectivement, le bateau avait tout l’équipement nécessaire, mais il était aussi très mignon, et cela, France ne me l’avait pas dit ! Ses voiles jaunes et sa coque orange brûlé lui donnaient fière allure. Il se nommait Dia Del Sol, qui veut dire « journée ensoleillée ». Serge, son propriétaire, s’était rendu jusqu’en République Dominicaine avec ce voilier. Le mot magique: SUD. Ce voilier peut aller dans le sud… Coup de foudre !

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Mais la réalité m’a vite rattrapée. On n’a pas d’argent, on a déjà notre chalet et, surtout, je ne sais même pas si j’aimerais ça, faire de la voile. Je n’ai jamais mis les pieds sur un voilier et j’y ai encore moins dormi…

France continue son pitch de vente. Elle est comme une mère qui essaie de convaincre son amie sans enfant des joies de la maternité. « Quand tu vas avoir ton voilier, tu ne voudras plus rien savoir de ton chalet. Moi, je pourrais tout vendre, mais jamais je ne vendrais mon bateau. »

Cela n’a pas de sens d’acheter un voilier, mais comme une future mère, je sens l’appel… Comment faire pour oublier ce bateau ?

Et vous, avez-vous déjà été tiraillé par un rêve fou ?

À suivre…

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Liane Simard